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et se mettent à chanter, comme dans un sanglot, pour
apaiser l’esprit qui souffre et qui implore. Les grelots
et les battements de mains accentuent le rythme et la
cadence; un xylophone à calebasses vient, de ses notes
perlées, compléter l’accompagnement. Et cette musique,
de plus en plus endiablée, porte aux échos lointains, à
tous les esprits inquiets qui errent dans la forêt,
l’humble offrande de la danse et des chants de tous
ceux qui vivent encore sous l’empire de cette ancienne
naïveté primaire...
Mais parfois les plaintes et les gémissements, dans
le feuillage des grands arbres martyrisés par la tempête,
augmentent. Les cris et les implorations se muent en
hurlements lugubres et sinistres, c’est le râle de la mort
qui plane et qui passe en pourchassant devant lui des
tourbillons et des vagues de nuages menaçants...
On croirait entendre le bruit, des milliers de fois
amplifié, d’un corps torturé qui se débat contre un
ennemi invisible, dans une agonie épouvantable, cher-
chant à détacher ses fers. Et dans un dernier soubresaut
de rage et d’impuissance, grondement effroyable, le
tonnerre éclate, et la foudre en tombant vient alors
frapper d’effroi la terre tourmentée...
Là-bas, au loin, autour de l’âtre qui s’éteint, les
chœurs et les chants se sont tus. La polyphonie
déchaînée des tambours et des autres instruments
s’arrête. Tout rentre dans ce calme apparent, voisin de
la crainte et de l’épouvante...
Un battement d’ailes éperdu, sans doute quelque
oiseau de nuit, ainsi qu’une âme errante, vient parfois
encore traverser le ciel lourdement agité. Et les Noirs,
sous la hutte, les prunelles dilatées, oppressés, se cher
chent anxieusement du regard dans les ténèbres...
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