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surprenante, tout le long de ces voies, de cette artère
nouvelle, déjà les Noirs sont venus s’installer. Nous
traversons des villages indigènes sans nombre, des
camps de travailleurs et, partout au passage, nous
sommes l’objet d’un chaleureux accueil. Tous ces gens
ont l’air heureux et ils ont, ma foi, très belle allure,
leur langue ne manque ni d’harmonie ni de douceur,
surtout chez les enfants et les femmes dont le timbre
de voix a une tendance légèrement chantante. De
même qu’à Stan, les femmes semblent travailler plus
que les hommes; ainsi, j’en ai vu une qui portait
certainement une charge de plus de cinquante kilos sur
la tête et par-dessus le marché un gosse sur la hanche,
tandis que son mari suivait à quelques pas, une badine
à la main, la cigarette à la bouche. Les trois ensemble
ne devaient pas avoir beaucoup plus de trente ans. Un
déménagement sans doute!
Au kilomètre 65 de la ligne, il y a une halte et nous
nous arrêtons pour déjeuner. J’apprends qu’une fois
de plus nous venons de traverser cette fameuse ligne
de l’Equateur qui, pas plus sur terre que sur mer,
n’est perceptible à aucun de nos sens.
Me voilà donc, d’une enjambée, dans l’autre hémi-
sphère.
Puis le train se remet en marche. Tout le long du
trajet, nous retrouvons cette même végétation exubé-
rante, dont l’aspect est inconnu chez nous. Baobabs
géants, bananiers, une variété innombrable de palmiers,
papayers, parasoliers, bambous, que sais-je? L’herbe
ici a plusieurs mètres de haut et le tout présente un
fouillis d’un enchevètrement indescriptible.
En fait de vie animale, rien ou peu de chose. Pas un
singe, pas un oiseau; ils ont soin de se tenir à l’écart
de toutes ces inventions tapageuses de l’homme, et
combien je les comprends et les approuve. Par contre,
énormément de papillons vivant par tribus de centaines
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