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» Pris à l’improviste, en plein sommeil, Mwanasefu et
la plupart de ses hommes furent massacrés sur place.
Quelques-uns cependant purent fuir, d’autres blessés.
laissés pour morts, ne durent leur salut qu’à une immo¬
bilité absolue, la face dans la poussière, malgré les
souffrances atroces de leurs blessures. J’étais parmi ces
derniers...
» Lorsque l’ennemi avait enfoncé la porte de sa case,
Bibi Nyota, la mère de Kali, s’était élancée comme une
furie, griffant, mordant, hurlant, dans l’espoir de sauver
son fils. Un coup de sagaie dans les entrailles l’avait
étendue à terre. Un autre guerrier, d’un coup de hache,
lui avait tranché la tête. Son fils, qui était resté cloué
sur place, muet d’épouvante, fut arraché de sa couchette
et entraîné par l’envahisseur...
Arrivé à ce point de son récit, Fataki eut un frisson
qui le secoua tout entier. Ses yeux hagards regardaient
toujours la flamme comme si cette lueur incandescente
avait été pour lui le reflet épouvantable de ce carnage
atroce, d’angoisse et d’horreur. L’assistance n’osait
troubler cette vision par aucune parole ni par le
moindre geste. Puis, au bout d’un long silence et avec
un visible effort:
» Dès l’aube, le lendemain, chez Baruti, au bord du
Lualaba, de grandes festivités commencèrent sur la rive
pour commémorer cette victoire et il fut décidé que
Kali serait sacrifié dans le but de plaire aux esprits
guerriers et d’attirer par là même, sur la tribu, la
continuation de leurs faveurs.
» L’enfant fut donc placé sur un escabeau au milieu
de la place; les jambes et les bras liés aux pieds du siège
rendaient toute fuite impossible. Sa tête entourée d’une
liane était reliée à un jeune arbre fortement courbé,
destiné à séparer la tête du corps avec violence et à la
projeter au loin au moment où le cou serait tranché...
» Toute la tribu dansait autour du supplicié, tandis
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