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C’est en ces termes qu’un des jeunes gens, assis à
la manière des Noirs autour du feu de bois, apostropha
l’ancien qui, sans l’ombre d’un doute, par le respect
qu’il imposait, devait être un des notables du village.
Ils étaient réunis devant celle des huttes, la plus spa¬
cieuse, qui servait de lieu habituel de rendez-vous, après
le travail, aux membres de la tribu.
Fataki resta sans broncher, roulé dans sa couverture,
les yeux fixés vers la flamme qui semblait vouloir
s’éteindre. C’était un vieillard respectable; la barbe
grisonnante qui encadrait son visage lui donnait un
certain air de noblesse empreint de mélancolie.
Soudain sa face se crispa comme saisie d’une angoisse
violente et cette expression dura quelques instants, puis
ses traits se calmèrent dans une sorte de sanglot étouffé.
Il prit quelques brindilles sèches et raviva le foyer
endormi.
» Oui, dit-il enfin, c’était un soir de ciel sans lune,
nuit horrible quand j’y songe, sombre, froide, infer-
nale. Nuit de crime et de rapine, nuit de sang et de
mort... je m’en souviens comme si c’était ce soir... et
qui sait? Depuis lors, près de trente saisons de pluies
ont succédé aux saisons sèches, il y a peut-être eu trente
récoltes... j’en revois tous les détails... vision atroce...
Il resta quelques minutes fasciné par les clartés que
lançaient les étincelles du foyer; les yeux de tous les
Noirs qui formaient cercle étaient braqués sur lui, figés
dans une immobilité absolue. Puis, continuant:
» Oui, Mwanasefu était tout-puissant et régnait sui
une nombreuse population de notre belle race Bakusu,
établie alors entre les rives du Lomami et du Lualaba.
C’était un chef remarquable, vigoureux et intelligent;
ses guerriers et lui étaient redoutés de toutes les tribus
voisines, mais il n’aurait jamais fait la guerre sans )
être contraint par la force ou les circonstances; excel¬
lents agriculteurs, tous ses sujets le respectaient et
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