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LE POÉTE ANONYME DE LA POLOGNE
Sévère, le fils de la chrétienne Mammaea. L’un et l’autre
conspirent en même temps. Mais Alexandre veut détrôner
César et rendre à l’Empire sa force, tandis qu’Iridion veut,
d’un seul coup, abattre Rome par tout ce qu’il trouve sous
sa main, par César, par les prétoriens, par les chrétiens,
par les barbares. Sa puissante et frénétique pensée s’agite
comme par tourbillons de désespoir et de haine contre
tout ce qui est romain ; et, avec cela, il faut qu’il dissimule
nuit et jour. Les esclaves et les gladiateurs mangent le
pain de son palais. Il a trouvé deux vieux patriciens réduits
par la misère à combattre dans le cirque, et il leur a révélé
sa vengeance. Scipion et Verrès, tous deux couverts de
haillons, ont souri à l’idée de poignarder Rome, cette Rome,
leur mère jadis, leur marâtre aujourd’hui.
Au milieu de toutes ces figures et de toutes ces passions,
s’élève l’image d’un vieillard africain, Massinissa. Sa
majesté est amère, comme chacune de ses paroles. Il semble
parfois qu’il ait vécu depuis des siècles, et qu’il ne mourra
jamais. Sa poitrine est brûlante, le sarcasme et l’orgueil en
sortent comme par flots de ténèbres. C’est lui qui est le
seul confident du conspirateur. Il l’excite à souffrir en
silence, en lui répétant qu’il y a une autre Rome par delà
la tombe, et qu’il faudra lutter contre elle des éternités.
Puis, il le pousse à séduire et à armer les Catacombes. Aux
Catacombes, il y a une vierge chrétienne, fanatique et pure,
qui devient folle d’amour. Ne pouvant pécher contre le
Christ par la révolte, elle tombe évanouie aux pieds d’Iri-
dion, puis, en se réveillant, elle le prend pour le Christ,
qui est venu fonder son millénium. Tout jusqu’à ce moment
promet la victoire au héros de ces pages ; mais, au jour mar-
qué, au moment où, de l’œil de Catilina triomphant, il
plonge un sombre regard sur la ville qu’il va dévouer aux
dieux infernaux, à l’instant où il lève la main pour allu-
mer le bûcher qui doit être le signal de l’incendie de
Rome, il est trahi par les chrétiens, que l’évêque de Rome
foudroie de ses anathèmes, quand, armés, ils s’élançaient
déjà du sein des Catacombes. Alors, lui, qui s’était fait
chrétien, revient aux dieux de sa mère, à l’implacable
Odin. Héliogabale et la divine Elsinoé, sa sœur infortunée,
périssent. Suit une lutte sanglante, désespérée, avec
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