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LE POÉTE ANONYME DE LA POLOGNE
de la résurrection sonnera : et non pas seulement dans
la vie future, dans la vie d’outre-tombe, mais dès cette
terre. Dieu ne veut pas que cette planète demeure à ja-
mais une vallée de larmes, ni que l’âme de l’homme
remonte à sa patrie céleste sans qu’elle ait vu briller
dans son lieu d’exil un éclair du monde supérieur :
l’aube du troisième jour approche, la troisième ère de
l’humanité s’apprête, les temps nouveaux vont fleu-
rir. Les peuples ont enfin édifié la cité de justice et
d’amour : delivrés de leurs misères, nettoyés de leurs
tares, ils vivent dans la paix fraternelle. Mais toutes
mes figures tiennent encore bien trop au sol et l’ex-
tase du poète polonais est autrement mystique, autre-
ment envolée que je ne saurais le dire : c’est en plein
ciel, en plein espace, en plein azur, en pleine immen-
sité que ses visions surgissent. Elles ont pour centre
un archange vêtu de blanc et de pourpre : c’est la
Pologne sortie de sa tombe; et elle apparaît au milieu
de l’aurore dans la gloire de sa résurrection :
Pareille à un fantôme ressuscité, à un archange gigan-
tesque, elle sort tout à coup du fond des jours de l’avenir,
visible comme si elle avait encore une enveloppe mortelle,
et pourtant déjà divinisée pour l’éternité, — immortelle !
Sa face brille comme le soleil : — à travers l’azur de ses
prunelles, ses regards sont des éclairs!
Au-dessus de sa tête paraît l’auréole de sang, — souvenir
du martyre;— mais tous ses maux sont finis,— l’esprit de Dieu
repose surson front; — et tout à l’entour se lève un monde
nouveau'...
Saisi lui-même de la vision éclatante et sublime,
transporté d’amour pour le Dieu qui permit une trans-
figuration pareille après les maux soufferts, le poète
1. L’Aube, chant VI. Traduction Constantin Gaszynski.
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