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310 LES GRANDS POÉTES ROMANTIQUES DE LA POLOGNE
deux des plus émouvantes, nous pouvons, nous aussi,
faire entrevoir qu’il s’agit encore ici d’une création
vraiment splendide, moins vaste sans doute que la
Comédie non divine, mais supérieure au premier
drame en tant que vie et variété des caractères, et
aussi en tant que vie et variété des scènes, force de
mouvement, rapidité d’action. L’une des deux scènes
auxquelles je viens de faire allusion rivalise avec celle
que j’ai citée comme la plus poignante de la Comédie
non divine : elle se passe dans les Catacombes, entre
Iridion et la chrétienne Cornélia Métella. Mais, avant de
la transcrire, il est bon de donner du drame un crayon
rapide ; or, comme pour la Comédie non divine, nous
ne pouvons mieux faire que d’emprunter ce petit des-
sin à l’auteur lui-même, qui, son œuvre une fois ter-
minée, la résumait de la façon suivante, dans une de
ses lettres à Reeve :
Je suis arrivé presque vers la fin de cet Iridion Amphilo-
chidès qui, trois fois déchiré, dix fois interrompu, soit par
mes souffrances, soit par mes passions, depuis trois ans
n’a cessé de torturer mon cerveau et d’y croître en se
dégageant par des accouchements successifs. Maintenant,
du chaos des Romains, des barbares et des premiers chré-
tiens, j’ai tiré la pensée qui me tenait tant à cœur; et,
cette pensée, je l’ai faite homme à ancêtre grec, cherchant,
au jour de la domination et de la corruption des Césars,
vengeance contre cette Rome qui avait trompé Athènes et
étouffé Corinthe. Il est seul; son père est mort en lui
léguant sa haine contre l’Empire. Sa mère, prêtresse d’Odin,
enlevée jadis à la Chersonèse des Cimbres, s’est empoison-
née quand il était encore enfant. Une sœur lui est restée.
Il la livre à Héliogabale, pour qu’elle trouble ses esprits et,
de degré en degré, le mène à la démence. Ce point une
fois obtenu, il a maté l’empereur. Il devient son préfet du
prétoire, son maître absolu. Et alors, il lui persuade qu’il
faut que César, pour sauver César, conspire contre Rome,
l’Eternelle. Le pieux Eneas de mon Turnus, c’est Alexandre-
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