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336 LES GRANDS POÉTES ROMANTIQUES DE LA POLOGNE
sente ainsi dans le calice qu’elle tient haut dans sa main
droite, et dansl’autre, qui est plus bas, — plus bas, — vous
reconnaissez, ô Seigneur, le sang de ses sujets fidèles, le
sang de ceux qui sont crucifiés sur mille croix, le sang qui
coule sans cesse sous un triple glaive et sur trois terres
qui ne sont qu’une patrie !... Au nom du saint calice qui
déborde d’amour, elle implore votre miséricorde pour
l’autre qui est plus bas,
— plus bas, — et elle prie pour
nous, Père! Fils, Esprit !
Elle prie pour nous, et nous prions avec elle, que vous
daigniez nous accorder la grâce des grâces. Ce n’est pas
l’espérance que nous vous demandons, ô Dieu ! elle tombe
sur nous comme une pluie de fleurs, -
ni la mort de nos
oppresseurs, leur fin est écrite sur le nuage de demain;
ce n’est pas de franchir le seuil de la mort : il est franchi;
ô Seigneur; — ce ne sont pas des armes puissantes : les tem-
pêtes nous les apportent;
ni des secours : le champ de
l’action est ouvert devant nous aujourd’hui. Mais aujour-
d’hui que votre jugement a commencé dans les cieux sur
les deux mille ans qu’a vécu la chrétienté, accordez-nous,
ô Seigneur, une volonté pure, accordez-nous une volonté
sainte, Père, Fils, Esprit'
Le dernier écrit du Poète anonyme fut un poème
intitulé : Resurrecturis. Il semblait, qu’avant de
s’éteindre, sa voix voulût répéter les syllabes qui con-
solaient le martyre de ses compatriotes... C’était la
parole de l’immortelle espérance ; c’était la même dont
l’âme de Michelet s’était sentie frémir, le jour où, sur
la tombe d’une femme, il avait vu flamboyer cette ins-
cription : Hinc surrectura...
Ah! quelle parole, et comme elle fait tressaillir, en
effet! Comme elle exalte et transfigure! Quelle autre
pourrais-je célébrer avec plus de ferveur, avant de
clore ce livre ! N’était-ce pas vers elle qu’était montée
l’auguste prière des trois grands hommes dont j’ai
1. Le Psaume de la Bonne Volonté. Traduction Julian Klaczko.
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