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LE POÉTE ANONYME DE LA POLOGNE
Telles furent les pensées que Krasinski roula dans
sa tête, de 1830 à 1859, et les quelques réflexions qui
sont miennes, dans les pages précédentes, ne diffèrent
pas sensiblement de celles qu’il exprima ou qu’il eût
pu exprimer. Mais, en tout ceci, nous n’avons encore
parlé que de ceux des enseignements du poète qui
s’adressaient à l’humanité en général et non pas à tel
groupe humain en particulier; or, il existait une race
à laquelle Krasinski portait un amour d’autant plus
immense qu’il en était fils et qu’il n’y en avait pas
d’aussi malheureuse en ce monde : c’étaient les Polo-
nais. A ceux-là, le Poète anonyme devait léguer encore
les plus utiles paroles ; et c’est de ses avertissements
de patriote que nous avons à nous occuper pendant le
reste de ce travail.
Il les formula selon le mode des grands artistes,
c’est-à-dire par une fiction encore plus impression-
nante peut-être que la Comédie non divine ; le poème
dramatique d’Iridion allait signifier cette fois-ci qu’il
est coupable de vouloir atteindre un grand but par les
voies d’airain, et de s’y diriger avec la haine pour
seule compagne et seule inspiratrice, le mal pour seul
auxiliaire, en n’employant que le mensonge, la dissi-
mulation, la force, en n’hésitant pas même à brover
sous un talon de fer les êtres les plus touchants et les
plus nobles. Rien d’extraordinaire à ce que le Grec
Iridion, dernier descendant de Philopœmen, voie se
déchirer la trame qu’il a ourdie avec tant d’adresse
pour venger l’asservissement de sa patrie et détruire
la Rome impériale ; car il y quelque chose de fatal et
de ce même point de vue moral où je viens de me placer, font
du socialisme la critique la plus juste et la plus frappante. Je
regrette de ne pouvoir citer ces lignes; mais je suis heureux de
me rencontrer avec un homme aussi respecté pour sa vie toute
de dévouement et d’apostolat social.
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