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LE POÉTE ANONYME DE LA POLOGNE
cité florissante, une seule demeure de bonheur, un seul
atelier d’industrie et de richesse.
LE COMTE
Tes paroles mentent, — mais ton visage impassible et
froid ne ment pas, — l’enthousiasme n’y éclate point. (Il
montre les portraits de ses ancêtres.)
Vois ces figures : la pensée de la patrie, du foyer, de
l’honneur, pensée ennemie de la tienne, se lit dans les rides
de leurs fronts. Cette pensée qui fut en eux, vit aujourd’hui
en moi, — mais toi, homme de rien, dis-moi où es ton
foyer? — Chaque soir tu dresses ta tente sur les ruines
d’une maison étrangère, et tu la plies le matin pour aller
camper plus loin. Tu ne connais point de foyer, et tu n’en
connaîtras pas tant que je trouverai cent hommes qui répé-
teront après moi : « Gloire à nos pères ! »
PANCRACE
Oui, gloire à tes pères sur la terre et dans les cieux! En
vérité, ils peuvent se glorifier.
Vois ce staroste, il tirait aux vieilles femmes comme aux
moineaux, et, tout vivants, faisait griller les Juifs. — Celui-
là, avec les sceaux en main, grand chancelier, falsifiait les
actes, brûlait les archives, achetait les juges, et, par le poi-
son, hâtait les héritages ; de là tes terres, tes rentes et ta
puissance. — Cet autre, brun, aux yeux brillants, semait
l’adultère dans la maison de ses amis ; cet autre, avec la
Toison d’or et son casque italien, a servi l’étranger. Cette
belle châtelaine, pâle, aux cheveux noirs, se livrait à son
page, — cette autre lit une lettre de son amant, sourit et
attend la nuit. — Cette autre encore, avec cet épagneul
sur sa robe d’or, était la maîtresse d’un roi. — De là vos
généalogies non interrompues et sans tache. — J’aime ce
gaillard en justaucorps vert. Il ne faisait que boire et s’eni-
vrer avec les gentilshommes, ses frères, et envoyait ses
paysans en compagnie de ses chiens chasser le cerf. Folie
et oppression partout! voilà votre sagesse et votre force !
Mais le jour du jugement est proche, et, en ce jour, je le
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