| Full text |
312 LES GRANDS POÉTES ROMANTIQUES DE LA POLOGNE
Alexandre-Sévère. Puis, quand il a tout perdu, quand
aucun javelot, aucune épée, n’a pu l’atteindre, il fuit au
loin comme Oreste vers le bord de la mer. Là, Massinissa
l’attend pour qu’il lui vende son âme. Le vaincu reconnaît
à son heure dernière qu’il n’a été qu’une idée prophétique
de la ruine de Rome, rien qu’une idée. Alors, il aban-
donne son âme au prince des ténèbres; mais il y met un
prix. Il veut, un jour au moins, contempler cette Rome,
qu’il a détestée, dans la boue et dans la honte. Massinissa
y consent, et l’endort dans une caverne des montagnes du
Latium. Le jour où il le réveillera, ce n’est pas le jour
d’Alaric ou le jour d’Attila, c’est une nuit de 1835, quand,
après avoir régné par la matière et par l’esprit, il ne reste
à Rome de la première que des ruines, du second qu’une
théologie décrépite.
L’introduction est en forme de poème, le reste est drama-
tique. La fin, le réveil, sera une ballade .
Comme j’ai défini plus haut, en quelques termes,
les caractères esthétiques de l’Iridion et la beauté de
vie et de mouvement que cette œuvre dégage, il me
semble superflu d’insister. J’ajouterai simplement
qu’il est regrettable que Krasinski n’ait point arrangé
le drame en vue de la rampe : nous aurions eu là une
pièce absolument hors pair. Et j’aurais tout dit, si je
n’avais jusqu’à présent omis à dessein de mentionner
le dernier trait, c’est-à-dire la délicatesse des femmes
de Krasinski, leur charme mélancolique, indicible.
Toutes, elles sont des saintes ou des sacrifiées : ainsi le
veulent les sujets traités par l’auteur. Mais qu’il s’agisse
de l’épouse du comte Henri, dans la Comédie non
divine, ou de Grimhild, de Cornélia, d’Elsinoé, dans
Iridion, un tendre et divin cœur de femme frissonne
dans leur poitrine à toutes. Elles sont si humaines, si
pitoyables, si prêtes à aimer, à consoler, à se dévouer!
1, Correspondance avec Reeve, t. II, p. 90. Lettre du 3 juin 1835,
|