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LE POÉTE ANONYME DE LA POLOGNE
notre pensée, creusant notre anxiété et en quête des
desseins de Dieu, qui tardent... Après avoir écrit
l’Aube, Krasinski retomba dans ses tristesses. Il reprit
ses travaux et ses méditations. En 1846, la terrible
jacquerie de Galicie, les massacres de Rzeszow et de
Tarnow lui furent une grande douleur, que n’apai-
sèrent point les événements de 1848, car s’il tressail
lait à chaque nouveau signe avant-coureur de la
« troisième ère », il savait toutefois que cette ère n’ap¬
paraîtrait qu’après bien d’autres bouleversements.
Mais comme il demeurait convaincu qu’elle viendrait
pourtant à la fin, il continua à chanter aux pieds du
Très-Haut les psaumes qui entretenaient sa foi. Le
dernier qu’il composa — celui de la Bonne Volonté,
publié en 1848 — contient une prière dont le
lyrisme est plus imposant, plus solennel, et plus tou¬
chant que jamais. Le poète y représente la Vierge
Marie, patronne et reine céleste de Pologne, intercé-
dant auprès de Dieu pour sa fille infortunée :
Regardez-la, ô Seigneur! Entourée d’un cortège d’âmes,
elle monte vers vous à travers les immensités. Toutes les
étoiles se sont penchées vers elle; toutes les forces qui
tourbillonnent dans l’univers se sont amollies sous le
charme d’un attendrissement soudain. Elle monte portée
par les ombres pâles de nos martyrs; elle traverse l’azur
etles voies lactées, elle passe au delà des soleils, elle monte
toujours plus haut et toujours plus blanchissante.
Regardez-la, ô Seigneur! La voilà maintenant agenouil-
lée au pied de votre trône, au milieu des séraphins. Sur
son front brille la couronne polonaise, et son manteau
bleu balaye les espaces tissus de rayons. Les sphères se
sont arrêtées et attendent. Elle prie à voix basse : derrière
elle pleurent les ombres de nos pères, et de ses deux
mains elle lève deux calices...
C’est votre propre sang, ô Seigneur, qu’elle vous pré-
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