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LE POÉTE ANONYME DE LA POLOGNE
le renégat illustre n’ait rien perdu pour cela de son pres-
tige auprès de la nation la plus fervente dans sa foi et dont
toute l’histoire ne fut qu’un combat sans relâche contre
l’Islamisme, que le paysan de Posen ait continué à entendre
et à saluer dans le son des cloches de son église le nom
toujours magique et vénéré de Bem, ceci est tout autre-
ment grave et montre de quels sentiments la nation est
animée pour ceux qui l’aiment. Et que dire de ces idées d’un
panslavisme vengeur qui commençaient à germer et à éga-
rer les esprits précisément à l’heure où le Poète anonyme
méditait sa seconde œuvre ? Que dire de cette doctrine
étrange, satanique, qui prêchait le suicide pour pouvoir
donner la mort, qui recommandait la servitude volontaire,
l’accord avec le plus cruel, mais aussi le plus fort des
adversaires, pour se venger des moins coupables, et se
complaisait dans l’espoir de préparer un nouvel Attila à ce
monde resté spectateur de la crucifixion d’un peuple?...
Aux heureux de la terre, à ceux qui jouissent d’une patrie
indépendante et libre, il est difficile, il est presque impos-
sible de comprendre tout l’enfer de tentations, de supplices,
qui se résume pour un peuple subjugué dans ce seul mot:
l’esclavage ; mais le Poète anonyme comprit cet enfer et en
frémit. En se plongeant dans les profondeurs de « l’âme
polonaise », il y rencontra tout d’abord ce courant d’idées
sombres, farouches, « et il eut froid ». Il eut peur de
ce sentiment national qui ne se nourrissait que de haine
contre les dominateurs; il eut peur de cet amour de la
patrie plus fort que la mort, mais qui n’avait que des pen-
sées de mort. Il voulut donner un avertissement à son
peuple, et il écrivit l’Iridion !.
Suit l’analyse du poème, en quinze pages de la
Revue des Deux Mondes, et c’est un travail de pre-
mier ordre. Nous n’y avons relevé qu’une seule lacune :
M. Klaczko ne transcrit aucune scène de l’œuvre. Or,
il me semble qu’en mettant sous les yeux du lecteur
1. La Poésie polonaise au XIX siècle et le Poète anonyme, par
Julian Klaczko (Revue des Deux Mondes, janvier 1862).
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